Printemps 2007, Tokyo... après avoir passé un stage plutôt moyen dans un tout petit studio du quartier de Daikanyama je me dis qu'il serait temps de passer aux choses sérieuses et de viser plus haut, plus complexe et plus gros. Juste a ce moment la une annonce traînait sur un site spécialisé dans les métiers du son, j'envoie un mail brossé que j'ai mis peut-être une heure a écrire pour être sur que toutes les formes de politesses étaient bien parfaites. Le jour suivant j'ai une réponse et je suis convoqué pour un entretient d'embauche au Studio Greenbird dans le quartier de Shinjuku. Je balance le costard au pressing, glisse mon CV écris tout en jap dans une pochette plastique, mes chaussures astiquées rutiles et pourraient presque refléter mon visage tendu.
Arrivé à la gare de Gyoenmae dans l'est du quartier d'affaire de Shinjuku je trouve très vite le chemin du studio et je suis accueilli par une petite demoiselle qui m'invite à m'asseoir sur un canapé moelleux. Je lève les yeux sur le mur et la je vois quelques cd accrochés sûrement des artistes qui sont passés dans ce studio : Andou Yuko, Going Undergound, Okamto Mayo, Sophia, Dir en Grey, Tsuchiya Anna, Aqua Timez... bref une belle liste de clients qui m'allèche déjà. Apres quelques secondes de coma trois énergumènes s'approchent et commencent a me questionner tout en douceur, le ton est plutôt convivial, rien de ce qu'on m'avait raconté en cours a propos des entretient d'embauche ultra hardcore des studios d'enregistrement. Au lieu de me poser des questions techniques comme je m'y attendait, mes interlocuteurs semblent plutôt intéressés par mon parcours et ma détermination a pénétrer le marché nippon semble les impressionner. Je ne pense pas avoir fait de faute de japonais ou d'impolitesse c'est sans doute un de mes meilleur entretient.
Apres avoir discuté, le manageur du studio M. Hirota me fait une visite guidée des lieux : deux gros studios d'enregistrement sur deux étages avec tout ce qu'il faut, le plus vaste a un plafond de six metres de haut et peut accueillir de petits orchestres de cordes (quartet, double quartet etc..) et bien sur des groupes de rock. Un piano Steinway new-york trône dans sa cabine climatisée insensible a la moisissure, un piano électrique Rhodes des années 70 croupit mais semble toujours en état, aux dires du manageur Stevie Wonder l'aurait utilise pendant un séjour sur l'archipel il y a une dizaine d'années. L'énorme console de mixage vintage Neve impose le respect. Apres la petite visite retour a la surface et je rentre chez moi.
Le lendemain le manageur m'appelle et me demande si je peux commencer à travailler le jour suivant. Je suis encore en troisième année, la dernière mais je n'ai pas fini mes études. Sans rechigner j'y vais donc le jour suivant chaud bouillant prêt a tout casser. A mon arrivée je ne connais strictement rien de l'univers professionnel de l'ingenieur du son (bien que fréquentant une école spécialisée) et des divers points techniques de la musique en générale. A mon arrivée le matin le manageur me prévient que je ne serai pas le seul et que nous serons deux stagiaires. Moi et un japonais du nom de Suzuki. L'adversaire semble plutôt intelligent, son regard est vif il parle bien mieux que moi (normal pour un japonais), l'ambiance est donc plutôt tendu. Je vois déjà dans son regard une petite lumière qui célèbre une victoire facile : "un étranger comme rival, ça ne sera pas dur de gagner"...
Je n'ai plus rien a perdre, j'ai quitté mon baito (job a mi temps) de restauration du jour au lendemain et rassemblé toutes mes économies pour tenir pendant un mois. En effet le stage n'est pas payé... il me faut donc subvenir a mes besoins pendant au moins deux mois. Au bout d'un mois l'un des stagiaire sera désigné comme nouveau stagiaire officiel (cette fois ci payé), c'est un combat a mort. Le Japon n'étant pas mon pays je n'ai aucun support familial, si j'échoue c'est direction le caniveau.
