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S.A.N
Night Line -instrumental-

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1 Night Line -instrumental-
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Rencontres : ROVO

Rencontres : ROVO
ROVO fait partie de ces artistes complètement inconnus du grand public et qui ne mérite pas de demeurer dans l'ombre. ROVO fait partie de ces groupes dont la rencontre et la confrontation modifient considérablement les points de vue musicaux (tout dépend bien sur de l'ouverture d'esprit de l'auditeur). ROVO a considérablement changé ma vision de la musique, m'a inspiré et a bouleversé mon quotidien.

Il y a toujours des surprises en studio, a vrai dire l'univers des studios d'enregistrement est un univers de surprises, d'inconnu, rien ne perdit ce qu'il va se passer. Il n'y a pas de place pour la routine, les longues heures a rester les yeux livides devant un ordinateur ou laisser son esprit voguer dans les dérisoires échappatoires de son esprit ligoté par un mode du travail qui m'a rien perdu du fordisme des temps révolus.
Il arrive toujours un groupe sorti de nulle part qui offre une bonne surprise, un groupe dont on n'avait jamais entendu parler et qui comme la foudre vient électrocuter votre morosité musical : « regarde comme le monde est vaste, tu n'as encore rien écouté » semble t-il nous souffler.
ROVO... quatre lettres griffonnées au crayon sur le planning avec mon nom a coté. En effectuant une petite recherche sur Internet je n'obtient qu'une page officielle sombre sans aucune information succincte, des vidéos psychédéliques sur Youtube, aucun visage, aucune paillette, pas de place pour le showbiz. La road map de l'enregistrement par contre met tout de suite la pression : Twin Drum (deux batteries), percussions, violons électrique, synthétiseur, basse, guitare... Une formation pour le moins unique et un petit mot de l'ingénieur qui me suggère de virer tout ce qu'il y a dans le studio.

Chose promise chose faite j'arrive en studio tôt le matin et jette dehors tous les pieds de micros, toutes les porte partitions, les stands, les paravents acoustique, le piano Rhodes, bref tout... Le groupe arrive, chargé a blocs, la première journée sera entièrement dédiée au setting, au montage des batterie, a la préparation des instruments. Quatre camionnettes, des allers retours incessants entre la surface et les entrailles de la terre. Des instruments que je n'ai jamais vu ne cesse de pleuvoir : percussions brésiliennes, africaines, chinoise, japonaises instruments crées de toute pièces, batteries customisées... Amplis de guitares modifiés, boîtiers d'effets par centaines. Des violions électriques par dizaines pour le violoniste Katsui Yuji qui branche ses violons dans des ampli guitares les fait saturer, les cordes pleurent et hurlent une lancinante mélodie que j'ai déjà entendue quelque part. Entre temps l'ingénieur du son Masuko Tatsuki qui est aussi le claviériste du groupe débarque chargé d'un Yamaha DX7 proche de l'agonie, d'horloges numériques tournant au rubis, d'une batterie de micros australiens Rode qui ont plutôt mauvaise réputation dans le monde professionnel. Avec lui, dans la sueur, je monte peu a peu l'énorme terrain de jeu de ROVO, Masuko-san est un individu vraiment sympathique, très ouvert d'esprit qui se passionne pour son métier et sa musique. A la fois musicien et ingénieur, il incarne tout a fait ce dont j'aspire à devenir. Apres avoir réussi a mettre en place le setting il charge un cd fraîchement sorti du mastering et me crispe d'excitation quand j'entend fredonner la voix de Furukawa Miki, une artiste apparue dans mon univers sonore il y a environ un an ou deux. J'apprend par la suite qu'il est aussi ingénieur pour Furukawa Miki, qu'il a entièrement produit le groupe auquel elle appartenait auparavant : Supercar. Etrangement de nombreux éléments qui n'avaient aucun lien entre eux se mettent doucement en place et me laissent apercevoir un univers dont j'ignorais encore l'existence. J'apprends aussi que Katsui Yuji le violoniste est musicien pour Furukawa Miki, signature sonore unique et tout de suite reconnaissable. Mais aussi que le batteur Yoshigaki Yasuhiro est batteur pour Furukawa Miki et la vénérable Andou Yuko. En approchant Supercar, j'approche aussi ILL (Nakamura Kouji), un artiste rock ENORME dont je parlerais plus tard, qui m'avais laisse « sur le cul » pendant l'enregistrement de son opus « Rock Album » lorsque j'étais encore stagiaire.

Le monde est petit, et c'est tout aussi bien ainsi car ce monde tout petit m'a ouvert les portes vers une toute autre école du rock et de l'alternatif japonais. Il y en a beaucoup qui pense que la jpop et le visual kei c'est tout ce qui fait la scène musicale japonaise. Mais il y a d'autres écoles, d'autres courants qui laissent pantois. L'enregistrement de ROVO a été un expérience énorme, chaque chanson durant pas moins de 10 minutes avec un démentiel medley final de 19 minutes... chaque musiciens de ce groupe joue a la perfection, aucune erreur, aucun « on la refait », aucun doute sur leur performance, sur leur qualité de jeux, aucune hésitation, aucun accord mal placé, aucune fausse note... la perfection a l'état pure. Les deux batteurs jouent jusqu'a épuisement, reviennent dans salle de contrôle en sueur, les tee-shirt sont changé à chaque prise. Bien que chaque chanson fasse plus de dix minutes je n'éprouve aucune lassitude, c'est un autre monde où il n'y a plus de place pour les structures classiques de la pop musique et son format de 3 minutes 30. C'est de la composition, de l'improvisation ou je ne sais quoi mais avec de simples mélodies, de lignes de basses répétitives on arrive a créer une véritable symphonie rock/electronica/alternatif dont il est de toute façon inutile de définir par des genres tant elle est unique. Pendant trois jours nous avons monté cet album qui ne comporte que cinq titres. Sorti en août, invité au concert du groupe au Hibiya Yaongai j'ai pu apprécier le résultat final. En live c'est tout bonnement démentiel, l'arène du Yaongai remplie a craquer de neo hippies, rockeurs alternatifs dansait sous le rythme diabolique de ROVO, je n'ai que rarement vu une telle ambiance dans un concert en plein air en plus. Il pleuvait mais cela n'a empêché personne de faire la fête.
ROVO fut également un épisode décisif qui décidait de mon embauche définitive ou non dans l'entreprise a l7epoque.

« Si tu réussis a gérer ça je vais me pencher un peu plus sérieusement sur ton cas » me souffla mon manageur la veille de l'enregistrement.

Non seulement je suis parvenu a le gérer mais j'ai aussi gagne la confiance de Masuko Tatsuki avec qui j'ai depuis fait d'autres enregistrements comme le groupe de percussionniste Orchestra Nudge Nudge, UA,Sakamoto Miu (fille de Sakamoto Ryuichi) et enfin une ouverture sur ILL qui ne s'est helas pas faite, enregistrement annulé a cause de la rapidité inhumaine de ce dernier a enregistrer ses chansons, obligeant a annuler la session qui devait avoir lieu dans notre studio a la fin de ce mois ci. Mais qui sait...

ROVO au Fujirock festival en 2003

# Posté le lundi 25 août 2008 06:11

Rencontres : SALYU

Rencontres : SALYU
C?est au début de ce mois d?août que mon manager m?apprend la venue d?une artiste que je respecte énormément : SALYU. Petit bout de femme de 28 ans, cette artiste possède une voix unique, planante qui m?a toujours fasciné et a bercé mes nuits et mes jours depuis ses débuts major en 2004.

Travailler avec un artiste que l?on apprécie vraiment ou dont on est carrément fan est en vérité très difficile, le personnage, l?humain peut-être vraiment très différent de ce que l?on s?imagine. Il y a de bonnes comme de très mauvaises surprises (je ne citerais pas de nom pour cette catégorie...). Je ne suis pas un fan abruti mais je ne reste pas du moins totalement insensible et lorsque l?on voit le nom d?un de ses artiste favori avec son nom a cote ça fait tout drôle. Cependant j?avais déjà eu la chance de rencontrer Andou Yuko et avait fait l?expérience de franchir le fossé invisible qui existe entre l? artiste et l?humain. Néanmoins j?étais a l?époque encore stagiaire, Salyu est donc la première de mes muses pour laquelle je bosse en tant que professionnel du son.

L?exercice était plutôt hardu : une section rythmique composée d?un batteur, bassiste et de deux guitaristes. Au son, l?ingénieur de CHARA et Hitomi avec lequel je n?avais jamais travaillé, a l?arrangement Watanabe Zentaro, personnage a la réputation d?être un briseur d?assistant, célèbre pour avoir composé et arrangé la plupart des chansons de la chanteuse CHARA. Enfin dans l?ombre de Salyu : Kobayashi Takeshi, producteur de Mr Children, boss de la boite de production Oorong Sha (a ne pas confondre avec le thé du même nom) qui bien qu?absent durant ces deux jours ajouta un zeste de pression Bref un véritable petit gratin. Sans parler du changement de setting en plein milieu de soirée puisque à partir de 21h, une section de 12 violonistes était prévue.

L?enregistrement commence doucement, les musiciens sont tous des professionnels avertis qui ne se trompent que pratiquement pas et enregistrent peu de prises. La présence écrasante de Zentaro-san dirigeant l?enregistrement est plutôt difficile a gerer, toujours affale sur son siège enchaînant les cigarettes, ruminant des ordres dans un fort accent de Hiroshima et un humour noir qui lui confère cependant un charme qui rassure et apaise quelque peu l?ambiance. Quant a la chanson, c?est une pure merveille, comme toutes les chansons de Salyu, j?en ai déjà des frissons rien qu?a l?écoute de la demo.
Un peu plus tard Salyu arrive, en chair et en os, bien plus grande que je l?imaginais mais aussi beaucoup ouverte et souriante contrairement a ce que pourrait laisser penser sa musique a tendance mélancolique. Après avoir salué tous les musiciens elle s?installe sur une chaise et son regard se dirige fixement vers les enceintes, son attention toute entière se capte sur le son qui se développe sous ses yeux. Peu a peu son visage mute et arbore la profondeur et le mysticisme de toutes les grandes chanteuses que j?ai peu voir face a leur musique. L?ambiance du studio est plutôt bonne, il n?y a pas un seul individu qui ne remue pas robotiquement la tête sous le rythme lancinant du petit bijou que nous sommes en train d'arracher du néant.
De mon cote, par éthique professionnelle j?évite toute louange de mauvais goût, Salyu est une cliente comme tous les autres. Qui plus est je préfère et j?ai le devoir de me concentrer sur mon travail. Parfois après une petite escape dans une cabine ou aux toilettes, de retour dans la salle de contrôle je la croise et la regarde discrètement assise le regard perdu dans le vague, complètement absorbée par son imagination démentielle.

21h, l?orchestre de cordes arrive, en sueur plongé dans le basculement du setting, je cours et sautille de pars et d?autres du studio pour mettre en place tous les éléments nécessaires a enregistrer la formation. Les violonistes sont certainement les musiciens les plus hautains et les plus difficiles a gérer. Ils détestent attendre et possèdent tous un niveau technique tellement élevé qu?il est difficile de faire des erreurs avec eux. Les mouvements en studio doivent être délicats car un violon peut coûter des fortunes astronomique, il est donc recommandé de marcher avec beaucoup d?attention pour éviter un accident qui entraînerai un procès a coup sur. Cependant avec un effort surhumain et un concentration infaillible j?arrive a gérer l?orchestre, quelques heures plus tard la chanson est quasiment bouclée.
Le lendemain la voix devant être enregistrée il fallait que madame finisse d?écrire ses paroles. Chose que visiblement elle a beaucoup de mal a faire dans les temps, réputée pour recevoir les paroles des autres (Hitotoyo et Kobayashi Takeshi entre autres) ou de prendre énormément de temps a les terminer lorsqu?elle s?occupe de l?écriture seule. J?ai pu constater que la gestation des paroles de Salyu était un véritable bras de fer psychologique puisqu?elle a littéralement squatté le lobby du studio jusqu?a 7h du matin, répétant inlassablement chaque partie les unes après les autres a capella avec ses manageurs. J?étais très fatigué mais l?ambiance était plutôt magique, dans le studio complètement silencieux ou seul résonnait sa voix nue de tous traitements. Après s?être longuement excusé elle est "enfin" parti pour me laisser dormir et enchaîner la prise de voix qui débutait le même jour a 15h.

Le lendemain, ou du moins quelques heures plus tard, elle débarque avec 30 minutes de retard. Nonchalante, prenant vraiment tout son temps pour se mettre en place, l?enregistrement commence péniblement. De mon coté je suis quelque peu déstabilisé par le style plutôt étrange de l?artiste qui chante assise, avec un micro dans la main (impensable en studio), des oreillettes et non un casque sur les oreilles et surtout un style ultra brouillon ou il est quasiment impossible de faire la distinction entre une prises ou elle ne fait que s?entraîner et ne prises définitives. La direction est assurée par un autre ingénieur qui suit Salyu depuis ses débuts et la connaît suffisamment bien pour faire l?interface entre l?esprit désordonnée, génial et imprévisible de l?artiste et nous autre staff qui gérons les prises avec le maximum de précision possible. Apres avoir enchaîné une vingtaine de prises d?échauffement elle finit par s?élancer dans la construction de sa chanson, un vrai défi intellectuel car la miss change continuellement ses paroles modifiant son rythme m?obligeant a être attentif a chaque mot, a chaque infime nuance de sa voix pour la suivre dans l?élaboration de sa création. Un seul moment d?inattention et c?est une énorme claque que l?on risque de se prendre au visage. Qui plus est le style plutôt original de l?ingénieur avec qui je faisais équipe m?obligea a utiliser des machines et des technique que je n?avais jamais utilisé auparavant, me déstabilisant quelque peu dans ma routine habituelle. Cependant il s?est avéré que sa méthode de travail correspondait parfaitement au style désordonné de Salyu qui a finit par aboutir a une quarantaine de prises essorées en huit prises finales que le directeur de la session et l?artiste ont lentement assemblé (hé oui faut pas se leurrer toutes les chansons que vous entendez sont des montages de plusieurs prises, il n?y a que très peu de chanteurs capables de faire une prise one shot). Vers 4h du matin la sélection prend forme, Salyu se lance alors dans l?exercice difficile des harmonies et les choeurs. Ce qui m?a impressionné c?est sa résistance physique, elle chantait avec la même voix a 15h qu?a 5h du matin, littéralement infatigable, une machine a chanter.

A la fin de l?enregistrement le manageur lâche le morceau et souffle a Salyu que je suis un fan incontesté, avec une gentillesse très naturelle elle accepta de me griffer un autographe sur le livret de son premier album Landmark que j?avais a portée de main au cas ou. Elle m?a ensuite chaleureusement remerciée, j?aurais aimé avoir un peu plus de courage a ce moment la pour lui parler plus longuement... Couché a 7h du matin et levé a 10h pour le client suivant, je digère tout juste cette rencontre très enrichissante qui m?a vraiment fait chaud au coeur et m?en a appris beaucoup sur son processus de création. Le respect que je lui porte ne va que grandissant et m?enrichit autant spirituellement que musicalement.

# Posté le jeudi 07 août 2008 12:46

Modifié le jeudi 07 août 2008 23:41

Mon arrivee dans le monde du son (Final part)

Mon arrivee dans le monde du son (Final part)

Le bout du tunnel approche, les réflexes commencent a venir d'eux mêmes et petits a petit j'arrive a un moment ou mes supérieurs tentent de me tester sur le terrain.


Suzuki n'a pas été mon seul rival, il y en a eu bien d'autres, tous ont abandonné en cours de route, l'un d'entre eux a même arrêté le deuxième jour de son stage. J'ai été très choqué par ces comportements, j'avais une image du stagiaire japonais moyen bien plus téméraire et courageux mais visiblement les jeunes de notre époque n'ont, pour parler crûment, rien dans le ventre. Evinçant mes rivaux les uns après les autres, le destin me sourit a nouveau et me permit dans un timing fabuleux de goûter à ma première expérience en tant qu'assistant. En effet, le studio ou je suis employé possède également un label indépendant et gère quelques artiste indies l'occasion de me tester sur un terrain plus cool qu'une veritable session avec des clients qui payent une fortune pour une dizaine d'heure en studio. The Buggy Hold Jives et Pluto étaient les deux groupes pour lesquels j'ai commencé a me faire les dents en studio, le premier était un groupe de rock oscillant vers le punk et le second un duo acoustique d'un arrangeur/compositeur et d'une chanteuse. Ces deux expériences qui se sont déroulées sur environ un mois m'ont énormément appris et m'ont permis de développer mes propres techniques, placer mes propres repères et commencer a bâtir petit a petit le style qui est le mien. Évidemment les débuts sont difficiles et j'ai commis pas mal d'erreurs mais j'ai eu de la chance d'être encore le newbie avec qui tout le monde passe l'éponge. Petit a petit gagnant la confiance de mes manager j'ai eu d'autres opportunités en dehors du label de mon studio et j'ai peu a peu enchaîné les sessions de mix et d'enregistrement pour entre autres : Skoop on Somebody, Oishi Yurika, Sophia et de nombreuses sessions d'Enka (musique traditionnelle japonaise) qui est un genre que l'on laisse se plus souvent au débutant car les musiciens étant tous proche de la perfection technique il y a peu de travail a fournir. Finalement c'est avec le groupe de punk SNAIL RAMP avec qui j'ai bien sympathise que j'ai véritablement pu décoller et commencer a accrocher des artistes plus glamours.

Avant de vraiment commencer a gérer une session d'enregistrement seul, un de mes sempai montait la garde a cote, inversant les rôles, je me retrouvait face au poste et non sur la chaise du stagiaire. Au cas ou, l'assistant avec plus d'expérience peut prendre le relais a n'importe quel moment. Lorsque l'on devient plus habile le sempai attend au bureau et laisse le newbie seul sans surveillance, en cas d'urgence il est toujours possible de passer un coup de fil sur la ligne interne (d'où la présence de téléphones dans les studios d'enregistrement) et le faire descendre. Une de mes expérience déterminante a été un enregistrement avec l'ingénieur du groupe RIZE s'était ramené avec une montagne de matos, un set complètement délirant avec des micros perches a 4m du sol, des machines jusqu'au plafond et une sévérité de l'individu a en faire frémir les genoux des plus téméraires. Cependant aucune bourde dans la réalisation de ce setting se qui m'a permis de passer une autre étape. Ainsi de suite, les sessions se suivent sans se ressembler et l'on apprend a tâtons jusqu'a être capable de voler de ses propres ailes et créer sa propre histoire. Sur la photo prise par un client, on me voit en stand by derriere le poste, mon sempai Yamazaki-san derrière la console faisant ses premiers pas en tant qu'ingénieur. Malgré tous les différents, les disputes et autres histoires ahurissantes qu'il y a derrière cette image j'adore cette photo, pour le lien invisible et indestructible qui semble m'unir avec mon supérieur.

# Posté le samedi 02 août 2008 13:20

Mon arrivee dans le monde du son (part 3)

Mon arrivee dans le monde du son (part 3)
Les sessions se suivent sans se ressembler, le décor est toujours différent, chaque jour possède son ambiance unique, sa souffrance unique, ses joies uniques. Le parcours du combattant, l'instinct de survie et le dépassement de soi

Au Japon il est coutume que le stagiaire s'assoit a coté de l'assistant, les yeux rives sur le moniteur qui affiche les fenêtres du célèbre logiciel d'édition et de montage audio Pro Tools. Le seul et unique moyen d'apprendre est d'observer pendant des heures, répéter les mêmes gestes dans sa tête, compter les mesures, se mettre en situation, élaborer des simulations dans son esprit et tenter d'appréhender le moment ou l'on finira jeté dans la fosse aux lions. Je possédais un carnet toujours sur moi dans lequel je notais tout. Au bout de quelques semaines j'avais amassé un tas de mémos, de listes de micros, de commandes informatique et autres techniques de travail plus ou moins complexes. Le travail de l'assistant ingénieur est un travail unique qui ne ressemble à aucun autre, très complet, il demande une bonne culture générale et une très grande versatilité. Pour exercer ce métier il faut en effet avoir de solides connaissances en :
- Informatique
- Audionumérique
- Calculs mentaux divers (calcul de tempo rien qu'a un battement de main ou de pied, calcul des temps de delays)
- Electro-magnetisme, pour le calibrage et la manipulation des bandes analogiques
- Théorie et langage musical, savoir lire les partition que l'on reçoit a chaque début de séance, voir même être capable de réécrire ou écrire la partition a partir de zéro.
- Connaissance des instruments, du maniement des amplis de guitare, basse, cabines leslie, piano Rhodes etc...
- Langage MIDI pour synchroniser des boites a rythmes, des synthes, savoir faire de la séquence si besoin
Et bien sur toutes les connaissances techniques relatives au monde de l'audio tel que la préparation de la console de mixage, voir l'explication de la console pour les ingénieurs qui n'ont jamais touche au modèle disponible dans le studio. Connaître les différents types de micros (tube, condensateur, ruban, dynamiques etc...) surtout quand on manipule des micros prives de plusieurs millions de yens. Enfin ajoutez une bonne dose de sang froid quand il faut répondre au téléphone dans un vacarme sonore parfois démentiel et gérer sa session en même temps...

Toutes ces connaissances sont compilées dans mon carnet et résultent d'observations de questions et de petits cours improvisés en fin de séance. Ce qui me choqua c'était l'incroyable résistance physique des sempai (grand frère, ou plus techniquement travailleur plus ancien au sein d'un même poste), quelque soit l'heure a laquelle le travail peut bien terminer ils vont toujours de l'avant et ne sourcillent pas. Je me souviendrais toujours d'une séance ou nous avions fini à 9h du matin sur un enregistrement ultra pointilleux du groupe Going Underground, j'étais au bord du gouffre, mon sempai attentif a mes moindres gestes me filait quelques coups de bottes dans les chevilles pour me réveiller, il est extrêmement difficile de rester éveiller lorsque l'on est assis immobile sur une chaise au petit matin après plus de 15 heures de boulot dans les pattes. J'utilisais des techniques désespérées comme l'auto flagellation a coups de crayons dans les cuisses, les canettes de café, le Redbull ou le mordillage des lèvres, bref tout. Le lendemain mon manager m'a conseille avec une ironie de me mettre de l'alcool dans les yeux...
Pendant un mois mon rythme biologique a pris une claque monumental, habitant dans a l'époque le nord de Tokyo il m'étais impossible de rentrer chez moi par le dernier train et hors de question bien sur de se faire payer le taxi. Dans ce cas, le stagiaire est condamné a rester dormir au studio, un repos étant de courte durée puisqu'il faut être sur le pied de guerre a 10h pour faire le ménage et préparer le café. Sans parler des courbatures après une nuit passée sur un canapé ou une chaise quand le canapé est déjà pris ou quand il est trop effrayant de dormir seul dans le lobby, car un studio vide la nuit c'est très effrayant. Suzuki et moi ont repoussé nos limites, affalés chaque nuit a bouts de force, la mine ravagée. Il vient des jours ou l'on est tellement fatigué que le corps entre dans une espèce de transe étrange ou l'on ne sait plus si on dors ou si on est réveillé, le cerveau est une bouillie de neurones, on finit par sentir la sueur et la transpiration (pas de douche), la crasse... Lors de l'enregistrement d'un des albums du groupe Aquatimez Suzuki est resté 5 jours sans dormir et uniquement nourri aux bento du conbini du coin. Il a fini par craquer me laissant une opportunité inespérée de m'imposer comme le nouveau jeune loup dans la bergerie.

# Posté le lundi 21 juillet 2008 12:06

Mon arrivee dans le monde du son (part 2)

Mon arrivee dans le monde du son (part 2)
Le rôle du stagiaire dans un studio d'enregistrement est en général le plus ingrat, c'est une humiliation constante, il sert a briser l'individu et éprouver son endurance physique et psychologique. Dans un pays comme le Japon cet esprit de mise à l'épreuve est démultiplié. Lorsque j'étais encore étudiant on m'avait déjà prévenu de la dureté de cet expérience a la limite de l'illégalité, mais si l'on ne fait pas l'expérience sois même on n'est très loin d'imaginer ce que cela donne en vrai.

Mon acolyte de fortune Suzuki et moi-même ont donc des le premier jour enchaîne sur un enregistrement d'un groupe de rock du label du studio. Deux étages sous terre, studio 1, nous rencontrons Aoki-san un assistant confirmé de 24 ans originaire d'Osaka. Aoki-san plutôt décontracté, un fort accent du Kansai, cheveux longs décolorés châtain, un jean a moitie déchiré, un look qui donne tout de suite le ton de l'ambiance qui règne. Apres de brèves présentations autour d'un burger Wendys ils nous initie a la préparation du studio : mise en place des micros, des câbles, disposition des chaises, des porte partition, des moniteurs pour les casques, préparation de la console de mixage, paramétrage de la session Pro Tools etc.... il nous montre lentement les gestes qu'il a répété durant l'année passée dans ce studio, en réalité il lui faudrait moins d'une demie heure pour tout préparer. Le groupe arrive, tout ce qu'il y a de plus commun : batteur, bassiste, guitariste chanteur. L'ensemble de l'enregistrement est orchestre par Yamazaki-san, qui au premier regard a deja tout l'air d'un ingénieur confirmé malgré son jeune age. Mais c'est un assistant comme Aoki-san, le plus expérimenté. Il manipule chaque machine du studio avec une dextérité et une précision hallucinante, bousculant sa chaise a coup de bottes en cuir et remplissant nerveusement son cendrier de cigarettes a l'odeur acre. Le son naît, se développe, prend forme et se déploie dans l'air... il surgit des amplis, des peaux de batteries, des cordes vocales, se bouscule aux membranes des micros qui vibrent et retransmettent les vibrations de l'air en impulsions électrique qui transitent dans la foret de câble, remontent dans le patch, atterrissement dans les preamplis de la console qui va aiguillier chaque signal dans les compresseur,s reverbes, delays, égaliseurs et autres machineries qui retranscrivent l'œuvre qui sonnait jusqu'a lors comme un vacarme en un équilibre, une chanson encore a l'état brut, un caillou mal taillé.

L'enregistrement qui s'est fini a quatre heures du matin, n'ayant pas beaucoup dormi la veille j'ai eu plusieurs assouplissement pendant la séance. Il faut dire qu'il est difficile de ne pas s'endormir. Une fois le setting en place, il n'y a plus grand-chose à faire. Moi et Suzuki sont assis sur une chaise, carnets de note dans les mains et essayant de comprendre ce qui se passe dans le studio. Evidemment des le premier jour on ne comprend rien au complexe manège de l'enregistrement professionnel. Par moment lorsque l'ingénieur se déplace vers les cabines pour changer un micro de place ou modifier le setting nous nous devons de le suivre fidèlement au cas ou il aurait besoin de quelque chose. La plupart du temps ce n'est pas le cas alors les déplacements sont purement symboliques, mais c'est utile pour se tirer de son sommeil. A la fin de la séance j'ai donc eu droit a un gentil savon qui expliquait que la pire des insultes était de s'endormir, vu que l'on a eu la chance d'être accepté en tant que stagiaire, nous sommes des privilégiés car nous avons mis un premier pas dans l'industrie et que nous sommes la pour étudier, dormir serait la pire des insultes.

# Posté le mardi 15 juillet 2008 11:33