UA (ooh-ah) est une artiste incontournable de la scène alternative japonaise. Une dizaine d'année auparavant elle était découverte dans un club d'Osaka ou elle chantait régulièrement, son univers musical torturé et éclectique a toujours fait partie de mes classiques de J-music. Les amateurs récents de J-music connaissent peut-être UA via Katoh Milliah qui avait sample son titre phare Jounetsu (check here).
Dixit le profile de son site Internet le nom UA vient du Swahili et signifie a la fois « Fleur » et « Tuer ». Une ambivalence lui va comme un gant. Avril 2008, après avoir suivi Masuko Tatsuki membre de
ROVO et parallèlement ingénieur du son pour de nombreux artistes je fus commis d'office assistant de Mr Masuko a chacun de ses passages dans notre studio. Par le plus grand des hasards il se trouve que celui-ci décrocha un enregistrement avec la fabuleuse
UA et atterrit entre nos murs.
Son arrangeur débarquait vers 13h directement d'Allemagne ou il est semble t-il expatrié, je branche le disque dur, importe les données dans la fraîche session pro-tools et découvre une séquence rythmique ultra minimaliste accompagnée de bruits et autres sons sans queue ni tête. Le style de UA a en effet énormément évolué depuis ses débuts, au départ plutôt orientée
R&B, Nu Soul, Jazz les directions musicales de la diva ont de plus en plus déviées vers l'ambient, le minimalisme à son paroxysme très difficile a décrire avec des mots. Tout en retravaillant la séquence avec l'arrangeur je percevais peu a peu que le style de UA n'avait pas change d'un pouce depuis son mini album Dorobou qui symbolise sont brusque virage a 180 degrés. Le style était très proche de son album
Breathe sorti en 2005.
Elle débarqua les bras ballants, la démarche hasardeuse, un cocktail ambigu entre la vulgarité et une élégance déroutante. Son très fort accent d'Osaka avait réduit a néant les plus infimes onces de féminités qui lui subsistait malgre ses tres longs cheveux qui dansaient tout le long de son dos. L'image idyllique que je lui portait s'effritait peu a peu au fur et a mesure que je découvrais le personnage. Au terme d'un long débat sur la direction musicale de la chanson, prenant véritablement tout son temps pour écrire ses paroles « a la main » avec une écriture vraiment immonde et tellement illisible que j'ai du demander en douce a mon subordonné de retaper les paroles a l'ordinateur. Usant de caractères si complexes que l'intéressée elle-même devait se servir d'un dictionnaire de Kanji pour trouver les idéogrammes appropriés, la séance ne s'annonçait vraiment pas bien du tout, une tension provenant sûrement de moi-même pesait lourdement sur le studio.
D'un pas nonchalant elle se dirigeait vers le
Neumann M49 qui devait capter sa voix d'or. En une prise la chanson avait soudainement pris une dimension complètement différente, sa voix puissante, contrôlée à la perfection possédait présence telle que la simpliste séquence semblait prendre une toute autre dimension.
Depuis que je travaille au Japon, je n'ai pour ma part jamais vu une elle perfection technique et artistique. Au lieu d'enchaîner les prises comme la plupart des chanteurs le font, UA prend de longues, très longues pauses entre chaque prise. Se baladant dans les couloirs ou affalée sur le canapé du lobby puis revenant vers le studio annonçant d'une voix criarde ponctuée d'un disgracieux cheveux sur la langue qu'elle allait refaire un essai. Chaque prise était plus parfaite les unes que les autres, quatre prises ont suffit pour boucler l'exercice... En fin de soirée six violonistes investissaient le studio et s'engageait alors un processus d'enregistrement très complexe ou les six musiciens se divisaient en deux groupes, ajoutant des harmoniques sorties d'outre-tombes et autres accords complètement déments qui ont mis mes nerfs a rude épreuve. Mais le résultat était de très bonne qualité et c'est à partir d'une très simple séquence rythmique qu'une chanson très complexe venait de prendre vie. Je m'habituais peu a peu au caractère atypique de l'artiste qui esquissant de temps a autres quelques sourires et glissaient quelques blagues dans un humour typique des gens du Kansai que j'apprécie beaucoup. Je m'attendais à tomber sur un personnage extrême mais a vrai dire UA dépassa toutes mes attentes et me laissant pour parler plus vulgairement « sur le cul ».
Au vu du style déroutant de l'artiste je pense que cet album va prendre beaucoup de temps avant d'être finalisé et disponible dans le commerce. Cependant connaissant la musique de UA il ne fait aucun doute qu'il s'agira d'un opus de qualité comme tout le reste de sa discographie.
Le single Jounetsu qui a l'époque propulsa UA au top des chartswatch
Kanashimi Johnny
watch
Amai Unmei qui illustre bien la gestuelle particulière de l'artiste en enregistrementwatch La sublime HorizonenjoyRythm (UA etait a l'epoque tres sexy)enjoy
L'enormissime Hikari avec Mondo grossocry