Mon arrivee dans le monde du son (part 3)

Mon arrivee dans le monde du son (part 3)
Les sessions se suivent sans se ressembler, le décor est toujours différent, chaque jour possède son ambiance unique, sa souffrance unique, ses joies uniques. Le parcours du combattant, l'instinct de survie et le dépassement de soi

Au Japon il est coutume que le stagiaire s'assoit a coté de l'assistant, les yeux rives sur le moniteur qui affiche les fenêtres du célèbre logiciel d'édition et de montage audio Pro Tools. Le seul et unique moyen d'apprendre est d'observer pendant des heures, répéter les mêmes gestes dans sa tête, compter les mesures, se mettre en situation, élaborer des simulations dans son esprit et tenter d'appréhender le moment ou l'on finira jeté dans la fosse aux lions. Je possédais un carnet toujours sur moi dans lequel je notais tout. Au bout de quelques semaines j'avais amassé un tas de mémos, de listes de micros, de commandes informatique et autres techniques de travail plus ou moins complexes. Le travail de l'assistant ingénieur est un travail unique qui ne ressemble à aucun autre, très complet, il demande une bonne culture générale et une très grande versatilité. Pour exercer ce métier il faut en effet avoir de solides connaissances en :
- Informatique
- Audionumérique
- Calculs mentaux divers (calcul de tempo rien qu'a un battement de main ou de pied, calcul des temps de delays)
- Electro-magnetisme, pour le calibrage et la manipulation des bandes analogiques
- Théorie et langage musical, savoir lire les partition que l'on reçoit a chaque début de séance, voir même être capable de réécrire ou écrire la partition a partir de zéro.
- Connaissance des instruments, du maniement des amplis de guitare, basse, cabines leslie, piano Rhodes etc...
- Langage MIDI pour synchroniser des boites a rythmes, des synthes, savoir faire de la séquence si besoin
Et bien sur toutes les connaissances techniques relatives au monde de l'audio tel que la préparation de la console de mixage, voir l'explication de la console pour les ingénieurs qui n'ont jamais touche au modèle disponible dans le studio. Connaître les différents types de micros (tube, condensateur, ruban, dynamiques etc...) surtout quand on manipule des micros prives de plusieurs millions de yens. Enfin ajoutez une bonne dose de sang froid quand il faut répondre au téléphone dans un vacarme sonore parfois démentiel et gérer sa session en même temps...

Toutes ces connaissances sont compilées dans mon carnet et résultent d'observations de questions et de petits cours improvisés en fin de séance. Ce qui me choqua c'était l'incroyable résistance physique des sempai (grand frère, ou plus techniquement travailleur plus ancien au sein d'un même poste), quelque soit l'heure a laquelle le travail peut bien terminer ils vont toujours de l'avant et ne sourcillent pas. Je me souviendrais toujours d'une séance ou nous avions fini à 9h du matin sur un enregistrement ultra pointilleux du groupe Going Underground, j'étais au bord du gouffre, mon sempai attentif a mes moindres gestes me filait quelques coups de bottes dans les chevilles pour me réveiller, il est extrêmement difficile de rester éveiller lorsque l'on est assis immobile sur une chaise au petit matin après plus de 15 heures de boulot dans les pattes. J'utilisais des techniques désespérées comme l'auto flagellation a coups de crayons dans les cuisses, les canettes de café, le Redbull ou le mordillage des lèvres, bref tout. Le lendemain mon manager m'a conseille avec une ironie de me mettre de l'alcool dans les yeux...
Pendant un mois mon rythme biologique a pris une claque monumental, habitant dans a l'époque le nord de Tokyo il m'étais impossible de rentrer chez moi par le dernier train et hors de question bien sur de se faire payer le taxi. Dans ce cas, le stagiaire est condamné a rester dormir au studio, un repos étant de courte durée puisqu'il faut être sur le pied de guerre a 10h pour faire le ménage et préparer le café. Sans parler des courbatures après une nuit passée sur un canapé ou une chaise quand le canapé est déjà pris ou quand il est trop effrayant de dormir seul dans le lobby, car un studio vide la nuit c'est très effrayant. Suzuki et moi ont repoussé nos limites, affalés chaque nuit a bouts de force, la mine ravagée. Il vient des jours ou l'on est tellement fatigué que le corps entre dans une espèce de transe étrange ou l'on ne sait plus si on dors ou si on est réveillé, le cerveau est une bouillie de neurones, on finit par sentir la sueur et la transpiration (pas de douche), la crasse... Lors de l'enregistrement d'un des albums du groupe Aquatimez Suzuki est resté 5 jours sans dormir et uniquement nourri aux bento du conbini du coin. Il a fini par craquer me laissant une opportunité inespérée de m'imposer comme le nouveau jeune loup dans la bergerie.
# Posté le lundi 21 juillet 2008 12:06

Mon arrivee dans le monde du son (part 2)

Mon arrivee dans le monde du son (part 2)
Le rôle du stagiaire dans un studio d'enregistrement est en général le plus ingrat, c'est une humiliation constante, il sert a briser l'individu et éprouver son endurance physique et psychologique. Dans un pays comme le Japon cet esprit de mise à l'épreuve est démultiplié. Lorsque j'étais encore étudiant on m'avait déjà prévenu de la dureté de cet expérience a la limite de l'illégalité, mais si l'on ne fait pas l'expérience sois même on n'est très loin d'imaginer ce que cela donne en vrai.

Mon acolyte de fortune Suzuki et moi-même ont donc des le premier jour enchaîne sur un enregistrement d'un groupe de rock du label du studio. Deux étages sous terre, studio 1, nous rencontrons Aoki-san un assistant confirmé de 24 ans originaire d'Osaka. Aoki-san plutôt décontracté, un fort accent du Kansai, cheveux longs décolorés châtain, un jean a moitie déchiré, un look qui donne tout de suite le ton de l'ambiance qui règne. Apres de brèves présentations autour d'un burger Wendys ils nous initie a la préparation du studio : mise en place des micros, des câbles, disposition des chaises, des porte partition, des moniteurs pour les casques, préparation de la console de mixage, paramétrage de la session Pro Tools etc.... il nous montre lentement les gestes qu'il a répété durant l'année passée dans ce studio, en réalité il lui faudrait moins d'une demie heure pour tout préparer. Le groupe arrive, tout ce qu'il y a de plus commun : batteur, bassiste, guitariste chanteur. L'ensemble de l'enregistrement est orchestre par Yamazaki-san, qui au premier regard a deja tout l'air d'un ingénieur confirmé malgré son jeune age. Mais c'est un assistant comme Aoki-san, le plus expérimenté. Il manipule chaque machine du studio avec une dextérité et une précision hallucinante, bousculant sa chaise a coup de bottes en cuir et remplissant nerveusement son cendrier de cigarettes a l'odeur acre. Le son naît, se développe, prend forme et se déploie dans l'air... il surgit des amplis, des peaux de batteries, des cordes vocales, se bouscule aux membranes des micros qui vibrent et retransmettent les vibrations de l'air en impulsions électrique qui transitent dans la foret de câble, remontent dans le patch, atterrissement dans les preamplis de la console qui va aiguillier chaque signal dans les compresseur,s reverbes, delays, égaliseurs et autres machineries qui retranscrivent l'œuvre qui sonnait jusqu'a lors comme un vacarme en un équilibre, une chanson encore a l'état brut, un caillou mal taillé.

L'enregistrement qui s'est fini a quatre heures du matin, n'ayant pas beaucoup dormi la veille j'ai eu plusieurs assouplissement pendant la séance. Il faut dire qu'il est difficile de ne pas s'endormir. Une fois le setting en place, il n'y a plus grand-chose à faire. Moi et Suzuki sont assis sur une chaise, carnets de note dans les mains et essayant de comprendre ce qui se passe dans le studio. Evidemment des le premier jour on ne comprend rien au complexe manège de l'enregistrement professionnel. Par moment lorsque l'ingénieur se déplace vers les cabines pour changer un micro de place ou modifier le setting nous nous devons de le suivre fidèlement au cas ou il aurait besoin de quelque chose. La plupart du temps ce n'est pas le cas alors les déplacements sont purement symboliques, mais c'est utile pour se tirer de son sommeil. A la fin de la séance j'ai donc eu droit a un gentil savon qui expliquait que la pire des insultes était de s'endormir, vu que l'on a eu la chance d'être accepté en tant que stagiaire, nous sommes des privilégiés car nous avons mis un premier pas dans l'industrie et que nous sommes la pour étudier, dormir serait la pire des insultes.
# Posté le mardi 15 juillet 2008 11:33

Mon arrivee dans le monde du son (part 1)

Mon arrivee dans le monde du son (part 1)
Voila un bon bout de temps que j'ai pas ranimé ce blog, je sais pas pourquoi mais j'ai envie de m'y remettre. Depuis le temps pas mal de progression au niveau du son, beaucoup de choses a raconter, du coup j'ai décidé de diviser cet article en plusieurs parties pour expliquer la situation.

Printemps 2007, Tokyo... après avoir passé un stage plutôt moyen dans un tout petit studio du quartier de Daikanyama je me dis qu'il serait temps de passer aux choses sérieuses et de viser plus haut, plus complexe et plus gros. Juste a ce moment la une annonce traînait sur un site spécialisé dans les métiers du son, j'envoie un mail brossé que j'ai mis peut-être une heure a écrire pour être sur que toutes les formes de politesses étaient bien parfaites. Le jour suivant j'ai une réponse et je suis convoqué pour un entretient d'embauche au Studio Greenbird dans le quartier de Shinjuku. Je balance le costard au pressing, glisse mon CV écris tout en jap dans une pochette plastique, mes chaussures astiquées rutiles et pourraient presque refléter mon visage tendu.

Arrivé à la gare de Gyoenmae dans l'est du quartier d'affaire de Shinjuku je trouve très vite le chemin du studio et je suis accueilli par une petite demoiselle qui m'invite à m'asseoir sur un canapé moelleux. Je lève les yeux sur le mur et la je vois quelques cd accrochés sûrement des artistes qui sont passés dans ce studio : Andou Yuko, Going Undergound, Okamto Mayo, Sophia, Dir en Grey, Tsuchiya Anna, Aqua Timez... bref une belle liste de clients qui m'allèche déjà. Apres quelques secondes de coma trois énergumènes s'approchent et commencent a me questionner tout en douceur, le ton est plutôt convivial, rien de ce qu'on m'avait raconté en cours a propos des entretient d'embauche ultra hardcore des studios d'enregistrement. Au lieu de me poser des questions techniques comme je m'y attendait, mes interlocuteurs semblent plutôt intéressés par mon parcours et ma détermination a pénétrer le marché nippon semble les impressionner. Je ne pense pas avoir fait de faute de japonais ou d'impolitesse c'est sans doute un de mes meilleur entretient.

Apres avoir discuté, le manageur du studio M. Hirota me fait une visite guidée des lieux : deux gros studios d'enregistrement sur deux étages avec tout ce qu'il faut, le plus vaste a un plafond de six metres de haut et peut accueillir de petits orchestres de cordes (quartet, double quartet etc..) et bien sur des groupes de rock. Un piano Steinway new-york trône dans sa cabine climatisée insensible a la moisissure, un piano électrique Rhodes des années 70 croupit mais semble toujours en état, aux dires du manageur Stevie Wonder l'aurait utilise pendant un séjour sur l'archipel il y a une dizaine d'années. L'énorme console de mixage vintage Neve impose le respect. Apres la petite visite retour a la surface et je rentre chez moi.

Le lendemain le manageur m'appelle et me demande si je peux commencer à travailler le jour suivant. Je suis encore en troisième année, la dernière mais je n'ai pas fini mes études. Sans rechigner j'y vais donc le jour suivant chaud bouillant prêt a tout casser. A mon arrivée je ne connais strictement rien de l'univers professionnel de l'ingenieur du son (bien que fréquentant une école spécialisée) et des divers points techniques de la musique en générale. A mon arrivée le matin le manageur me prévient que je ne serai pas le seul et que nous serons deux stagiaires. Moi et un japonais du nom de Suzuki. L'adversaire semble plutôt intelligent, son regard est vif il parle bien mieux que moi (normal pour un japonais), l'ambiance est donc plutôt tendu. Je vois déjà dans son regard une petite lumière qui célèbre une victoire facile : "un étranger comme rival, ça ne sera pas dur de gagner"...

Je n'ai plus rien a perdre, j'ai quitté mon baito (job a mi temps) de restauration du jour au lendemain et rassemblé toutes mes économies pour tenir pendant un mois. En effet le stage n'est pas payé... il me faut donc subvenir a mes besoins pendant au moins deux mois. Au bout d'un mois l'un des stagiaire sera désigné comme nouveau stagiaire officiel (cette fois ci payé), c'est un combat a mort. Le Japon n'étant pas mon pays je n'ai aucun support familial, si j'échoue c'est direction le caniveau.
# Posté le jeudi 10 juillet 2008 08:43

MP3 : Night Line -instrumental- (2007)

Ecouter ce morceau
Titre : Night Line -instrumental-
Année : 2007

# Posté le jeudi 08 février 2007 23:49

Ca Bosse

Ca Bosse
Voila un moment que j'ai pas mis ce Skyblog a jour, quelques petites nouvelles avant que Skyrock ne m'efface mon compte lol !

Une chose est sure, je ne perd pas mon temps en ce moment ca bosse grave que ce soit au niveau des sons qu'au niveau ingénieur, beaucoup d'enregistrement de mixages et des petites possibilités de laisser des traces sur des cd (indépendant pour le moment).
Du nouveau matos aussi avec comme on voit sur la photo le dernier pad type mpc MPD24 pour cogner du sample, un écran 22 pouces BenQ qui change la vie, plus besoin de se détruire les yeux. J'ai accessoirement commence la batterie acoustique et ca aide grave pour les sons. Un nouveau PC en vue aussi avec du dual core pour faire péter les specs du studio.



Bientôt une petite mise a jour de la playlist :
1) Night Line : Petite instru en préparation : sur laquelle va poser mon pote PIG The Ryo, un rapper dont je devrais m'occuper du mixage de son album qui sera disponible fin avril. Clickez pour voir son site (japonais)

2) Oborozuki : Skyblog me la vire donc je le remet !

3) Dreaming : Je la remet aussi

Enfin le site Internet de S.A.N est également en cours, checkez moi ca ! entièrement designe par mon ami Hopak dont je parlerais plus tard dans ce blog.
Mist Labz
Myspace
# Posté le jeudi 08 février 2007 23:14
Modifié le jeudi 08 février 2007 23:43